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Comment l'Allemagne cherche à saboter le nucléaire français

Par le professeur Samuel Furfari, 15 octobre 2024
 
 

 

Lire l'article original dans ATLANTICO
 

L’Allemagne réussira-t-elle dans sa stratégie renouvelée de pénalisation du nucléaire français à Bruxelles ?

« Notre économie européenne a besoin d’une énergie renouvelable abordable, rapide et en grande quantité », a déclaré le secrétaire d’État allemand à l’Économie Sven Giegold lors d’un évènement organisé par l’ambassade du Danemark à Berlin.

Atlantico : Le secrétaire d’État allemand à l’Économie, Sven Giegold (Les Verts), a présenté, lundi 30 septembre, la position de l’Allemagne sur le futur Pacte de l’Union européenne pour une industrie propre (Clean Industrial Deal). Il a déclaré qu’« il est important d’exclure l’énergie nucléaire et sa production de tout financement de l’UE ». Que vous inspire cette déclaration ?

Samuel Furfari : Vous allez peut-être être surpris, mais je pense qu’il a raison. Pourquoi ? Parce que, selon moi, le problème fondamental de la politique énergétique européenne, c’est qu’on retrouve des subventions partout. Que ce soit pour les énergies renouvelables, les centrales au gaz, au charbon, ou même nucléaire, tout est subventionné. Cela crée une contradiction flagrante avec le discours dominant selon lequel « le marché est libéralisé ». En réalité, il n’y a aucun marché véritablement libéralisé en Europe. C’est une illusion.

Il est essentiel de comprendre que le marché énergétique européen est entièrement faussé par ces subventions. Et c’est ce qui nous mène à un renchérissement de l’électricité, car ce sont les responsables politiques qui décident des orientations à prendre, les choix politiques voire idéologiques ne sont pas économiquement rationnels.

Il est évident que les écologistes allemands restent farouchement opposés à l’énergie nucléaire, et cela ne changera pas. Rappelons que le mouvement antinucléaire est né dans les années 60, bien avant que la question du changement climatique n’apparaisse sur la scène internationale. La haine du nucléaire n’a donc rien à voir avec la crise climatique. Elle s’enracine dans des préoccupations antérieures et constitue le cœur de l’idéologie de nombreux mouvements écologistes et néo-gauchistes. C’est pour cela que l’on observe cette aversion persistante contre une électricité qui est pourtant abondante, bon marché et qui permet de réduire les émissions de CO2.

Quel impact la politique antinucléaire allemande aura-t-elle sur la nouvelle Commission européenne ?

Il est intéressant de noter qu’avant que Ursula von der Leyen ne dévoile la répartition des portefeuilles dans la nouvelle Commission européenne, des rumeurs circulaient selon lesquelles le commissaire à l’Énergie serait Jozef Síkela, le ministre de l'Industrie de la République tchèque. Un choix bienvenu, puisque son pays vient tout juste de commander deux nouvelles centrales nucléaires. Beaucoup, dont moi-même, se sont réjouis à l’idée d’avoir  ―  enfin  ― une personnalité non hostile au nucléaire à ce poste clé.

Mais grosse surprise : le jour où Mme von der Leyen a annoncé la composition de sa Commission à Strasbourg, M. Síkela a été écarté du poste de commissaire à l’Énergie, et c’est Dan Jørgensen, actuel ministre de l’Énergie au Danemark et farouche opposant au nucléaire, qui a été nommé à cette fonction.

Que s’est-il passé entre-temps ? Je ne le sais pas, mais je ne serais pas surpris si Berlin avait exercé une pression sur Mme von der Leyen pour qu’un pro-nucléaire ne soit pas à la tête de ce portefeuille stratégique. En conséquence, au lieu d’apaiser les tensions autour du débat nucléaire et de permettre à certains pays d’avancer dans cette voie, on a désigné un opposant déclaré pour superviser les politiques énergétiques européennes. Il faut rappeler que le Traité Euratom oblige la Commission a promouvoir le développement de l’énergie nucléaire civile. Il est temps que l’on respecte un traité fondateur de l’EU.

L’Allemagne pourrait donc réussir à pénaliser le nucléaire français à Bruxelles ?

Je n’y crois pas, heureusement. En réalité, l’Allemagne est dans une phase de résistance avant d’être complètement marginalisée sur ce sujet. C’est un fait : le nucléaire est en train de faire un retour en force. La République tchèque vient d’acheter deux centrale nucléaire à  l'entreprise sud-coréenne Korea Hydro & Nuclear Power la Corée du Sud pour son site Dukovany et envisage deux autres pour le site de Temelin. Lle nouveau gouvernement néerlandais vient de décider de doubler le nombre de centrales prévues par l’administration précédente (passer de deux à quatre et le maire de Terneuzen s’est précipité pour demander qu’une de ces nouvelles centrales soit installée dans sa commune). Lla Pologne a commandé des réacteurs aux États-Unis, la Finlande continue de développer l’EPR français. Et ce n’est pas tout : la Slovaquie, la Croatie, la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie, et même la Belgique ont relancé leurs projets nucléaires. Il est clair que le nucléaire fait son retour en force.

Cela dit, il faut souligner une certaine humiliation pour l’industrie nucléaire européenne. Désormais, seuls les Français sont capables de construire des réacteurs sur le continent. Puisque François Hollande et Emmanuel Macron durant son premier mandat ont fait croire à tous que le nucléaire n’avait pas d’avenir, il est évident que personne ne souhaite acheter des réacteurs français.

La nouvelle Commission d’Ursula von der Leyen devrait présenter, au cours de ses 100 premiers jours, un "Pacte pour une industrie propre" associant croissance durable et compétitivité industrielle de l’Union. Que peut-on attendre de ce pacte ?

Je pense qu’Ursula von der Leyen va continuer à défendre les énergies renouvelables, car c’est la ligne qu’elle a suivie ces cinq dernières années. Elle ne pourra pas reconnaître qu’elle a pu se tromper sur certains points, donc elle va persister dans sa position extrémiste et idéologique. Toutefois, elle sera contrainte d’admettre que le nucléaire fait partie du choix de certains États membres, comme le prévoit d’ailleurs l’article 194.2 du Traité de Lisbonne. À terme, elle n’aura pas d’autre choix que de l’accepter, même si ce sera difficile, notamment parce que l'une des nouvelles vice-présidentes de la Commission, la socialiste Espagnole Teresa Ribera, est une farouche opposante au nucléaire.

Si les écologistes allemands continuent d’accumuler les échecs, leur influence va être réévaluée à travers tout le pays. Et si cela se produit, la CDU  ―  le parti de Mme Merkel et de von der Leyen  ―  pourrait revenir à ses anciennes positions et même rouvrir le débat sur l’énergie nucléaire en Allemagne. Mais cela prendra du temps tellement les verts ont endoctriné la population allemande.


 





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