Existe-t-il un cycle climatique d’environ 60 ans ?
Etat des
connaissances scientifiques sur les oscillations
multi-décennales de température
.
Par la rédaction, 28 mai 2026

L’idée
d’un cycle climatique d’environ 60 ans revient
régulièrement dans la littérature scientifique depuis
plusieurs décennies. Elle s’appuie principalement sur
l’observation d’oscillations multi-décennales des
températures océaniques et atmosphériques,
particulièrement dans l’Atlantique Nord et le Pacifique
Nord. Toutefois, la question demeure controversée : la
communauté scientifique s’accorde largement sur
l’existence d’une variabilité multi-décennale réelle,
mais débat encore de son origine exacte, de sa
périodicité effective et de son rôle dans le
réchauffement climatique contemporain.
1. Les données
observationnelles : une signature multi-décennale
visible Les grandes séries instrumentales de température
mondiale — HadCRUT, GISTEMP ou NOAA GlobalTemp —
montrent effectivement une alternance de phases de
réchauffement rapide et de stagnation relative depuis la
fin du XIXe siècle. On observe notamment :
- un
réchauffement entre ~1910 et ~1940 ;
-
une
stabilisation ou légère baisse relative entre ~1945 et
~1975 ;
-
une reprise
marquée du réchauffement après ~1975.
Ces variations ont conduit plusieurs chercheurs à
rechercher une composante oscillatoire superposée à la
tendance de fond liée aux forçages anthropiques.
Les analyses spectrales (FFT, multitaper, ondelettes)
appliquées aux séries de température révèlent
fréquemment un maximum d’énergie dans une bande comprise
entre 50 et 80 ans. Il ne s’agit cependant pas d’un «
cycle » périodique strict comparable à un oscillateur
harmonique idéal, mais plutôt d’une oscillation
quasi-périodique et irrégulière.
2. L’AMO/AMV :
cœur du débat scientifique Le principal indice invoqué est l’Atlantic Multidecadal
Oscillation (AMO), aujourd’hui souvent renommée Atlantic
Multidecadal Variability (AMV). Cet indice décrit les
anomalies de température de surface de l’Atlantique Nord
à l’échelle multi-décennale.
La NOAA décrit explicitement l’AMO comme une variabilité
de longue durée présentant des phases chaudes et froides
pouvant durer plusieurs décennies. Certaines
reconstructions suggèrent une pseudo-période de l’ordre
de 50 à 80 ans.
Les phases positives de l’AMO sont corrélées à :
-
un
réchauffement accru de l’Atlantique Nord ;
- des
modifications des précipitations en Europe et Amérique
du Nord ;
- une
augmentation potentielle de l’activité cyclonique
atlantique. Les mécanismes physiques envisagés incluent
principalement :
- les variations
de circulation thermohaline (AMOC) ;
-
les échanges
océan-atmosphère ;
-
des
rétroactions impliquant la banquise arctique ;
-
des forçages
volcaniques et aérosols.
3. Une
controverse majeure : oscillation interne ou forçage
externe ?
Le point central du débat scientifique actuel concerne
l’interprétation physique de cette oscillation.
Hypothèse classique : une oscillation
interne du système climatiquePendant longtemps, l’AMO a été
considérée comme une oscillation interne naturelle liée aux variations lentes
de la circulation océanique atlantique. Plusieurs
travaux de modélisation et d’observation soutiennent
encore cette interprétation.
Les simulations du GFDL (Geophysical Fluid Dynamics
Laboratory) de la NOAA montrent que des variations
multi-décennales importantes peuvent émerger
naturellement dans l’Atlantique Nord, en interaction
avec l’AMOC.

Hypothèse récente : une oscillation
apparente induite par des forçages externes
Depuis quelques années, plusieurs travaux remettent
fortement en question l’existence d’une oscillation
interne régulière.
Des études récentes suggèrent que le signal «
quasi-60 ans » pourrait résulter principalement :
- des effets
combinés des aérosols anthropiques ;
-
des éruptions
volcaniques majeures ;
-
du bruit
climatique interne ;
-
des méthodes
statistiques de filtrage.
Selon cette approche, le système climatique ne
contiendrait pas nécessairement d’oscillateur
intrinsèque stable à 60 ans ; la variabilité observée
émergerait plutôt d’une combinaison de forçages externes
et de fluctuations chaotiques.
4. Position
actuelle du consensus climatique
Le GIEC reconnaît clairement l’existence d’une
variabilité multi-décennale océanique affectant les
températures régionales et globales. En revanche, il ne
considère pas que cette variabilité puisse expliquer le
réchauffement global observé depuis la seconde moitié du
XXe siècle.
Autrement dit :
- une oscillation
multi-décennale existe probablement ;
- elle module les
vitesses de réchauffement ;
-
mais la
tendance séculaire récente reste dominée par
l’augmentation des gaz à effet de serre.
Le débat scientifique porte donc moins sur l’existence
d’une variabilité multi-décennale que sur :
- son caractère réellement
oscillatoire
- sa stabilité temporelle
- ses mécanismes physiques exacts
- son amplitude réelle par rapport au forçage
anthropique
5. Prudence
méthodologique
L’étude des cycles climatiques longs est
particulièrement délicate pour plusieurs raisons :
- les séries
instrumentales modernes couvrent à peine deux périodes
de 60 ans ;
-
les méthodes
spectrales peuvent détecter des pseudo-cycles dans des
séries bruitées ;
-
les filtrages
statistiques peuvent introduire artificiellement des
oscillations ;
- la variabilité
interne du système climatique est fortement non
linéaire.
C’est pourquoi de nombreux climatologues préfèrent
aujourd’hui parler
de « variabilité multi-décennale »
plutôt que de « cycle de 60 ans ».
Références
principales
NOAA – Atlantic Multidecadal Oscillation (AMO)
https://www.psl.noaa.gov/data/timeseries/AMO/
NOAA – State of the Ocean : AMO
https://stateoftheocean.osmc.noaa.gov/atm/amo.php NOAA GFDL – Multidecadal Climate Changes
https://www.gfdl.noaa.gov/multidecadal-climate-changes/
GIEC / IPCC AR6 Working Group I
https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg1/
NASA – Historical Atlantic Multidecadal Oscillation
https://svs.gsfc.nasa.gov/4895/
Nature – Evidence for a volcanic underpinning of the
Atlantic multidecadal oscillation
https://www.nature.com/articles/s41612-018-0036-6

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